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giovedì 28 ottobre 2010

Irak : sortir du temps des représailles


Il y a trois jours à peine, des rapports de l'armée américaine, divulgués par WikiLeaks et publiés notamment par Le Monde, ont confirmé la mort d'au moins 120 000 Irakiens depuis l'invasion anglo-américaine d'avril 2003. Pourtant, le Haut Tribunal pénal de Bagdad vient de condamner à la pendaison trois dignitaires de l'ancienne dictature déchue, dont Tarek Aziz, ex-vice-premier ministre et chef de la diplomatie irakienne.


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Tarek Aziz condamné à mort par la justice irakienne
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Depuis 2004, des centaines de condamnés, dont plusieurs anciens ministres ou proches de Saddam Hussein, ont déjà été pendus. Selon Amnesty International, près d'un millier d'autres condamnés à la peine capitale, dont 17 femmes, croupissent aujourd'hui dans les couloirs de la mort des prisons irakiennes. La question, brutale, s'impose donc : la soif de sang du "nouvel Irak" sera-t-elle jamais étanchée ?

Certes, la peine de mort fait partie du système juridique irakien depuis sa fondation en 1920 et demeure, sans aucun doute, approuvée par une large majorité de citoyens, tétanisés par les violences de toutes sortes auxquelles ils sont confrontés. Suspendue par les Américains en avril 2003, la peine capitale fut instaurée à nouveau le 8 août 2004 par le "gouvernement provisoire", dont tous les membres avaient été choisis par la puissance occupante.

Dès septembre 2005, les exécutions ont repris avec la pendaison de trois tueurs convaincus de terrorisme. Dans les huit mois qui ont suivi, 260 autres personnes étaient condamnées à la potence. Saddam Hussein lui-même a été exécuté le 30 décembre de cette année-là. La région autonome du Kurdistan elle-même, la seule d'Irak qui vote ses propres lois et qui avait supprimé la peine de mort en 2003, l'a rétablie à une forte majorité de son assemblée d'élus locaux, le 11 septembre 2006.

Depuis, au Kurdistan comme dans le reste du pays, aujourd'hui comme hier, il est impossible de savoir avec précision combien d'Irakiens sont effectivement condamnés à mort et combien sont exécutés. Selon le quotidien saoudien Al-Sharq Al-Awsat, il y aurait eu 235 condamnations à la peine capitale en 2006 et 6 000 condamnés à perpétuité. Combien ont été exécutées ? Mystère. Les familles et les avocats ne sont pas toujours avertis, et il y a beaucoup d'exécutions collectives.

Selon Amnesty International, "au moins 120 personnes ont été exécutées en 2009". La même année, les Etats-Unis en ont exécuté 52, et l'Iran, 388. Or, précise Philip Luther, directeur adjoint pour le Moyen-Orient au sein d'Amnesty, le "plus troublant" est que les procès qui aboutissent à la mort du prévenu sont souvent loin d'une qualité irréprochable, tant le système judiciaire irakien est volontiers expéditif, inéquitable ou corrompu.

Après huit années de guerre, d'occupation et de violence, l'Irak a assez payé pour son passé. S'il veut réellement tourner cette page très sombre de son histoire, il doit mettre un terme au cycle morbide des représailles et des règlements de comptes dans lequel il reste enfermé.
Le Monde

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